Nouveaux lieux d’apprentissage
L’apprentissage et la formation sont bien souvent restreints aux milieux scolaires et universitaires, pourtant l’envie d’apprendre ne disparaît pas en quittant les bancs de l’école. La notion de formation tout au long de la vie illustre bien ce phénomène : continuer à apprendre et à enrichir ses connaissances et ses compétences à la fois dans des situations professionnelles, mais aussi de bénévolats, de loisirs etc.
Dans cette dynamique de nombreux projets de formation et d’éducation alternatifs voient le jour dans les pays anglo-saxons, bien plus en phase avec ces problématiques. Ces dispositifs offrent la possibilité à chacun d’être maître de ses apprentissages, en décidant de ce qu’il souhaite apprendre, où l’apprendre, de quelle manière et par quels moyens, permettant à la fois de se glisser dans la peau de celui qui « enseigne » et transmet ses connaissances ou sa passion.
Le numérique a eu un impact important dans le domaine de la formation, mais plus largement sur les modes de transmission de savoir, puisqu’il va démocratiser l’accès à celui-ci. Il faut donc penser une nouvelle forme d’apprentissage en se saisissant des outils potentiels pour proposer une alternative de diffusion des connaissances et de formation personnalisée, flexible et adaptée.
Plusieurs projets émergent de cette réflexion, notamment la « School of life » au Royaume-Uni, et plus récemment Leeaarn, en Région parisienne.
- Leeaarn
Largement inspiré de Skillshare développé aux Etats-unis, le projet en ligne www.leeaarn.com offre un cursus de formations proposées par des particuliers. Pour ses concepteurs « apprendre doit avant tout rester un plaisir. Un plaisir qui nait de la richesse des échanges avec des personnes passionnées. Un plaisir qui se partage avec d’autres. Un plaisir qui rime avec interaction physique. » Ils proposent donc une solution, un moyen de connecter ceux qui savent et ceux qui veulent apprendre. Ainsi chacun peut apprendre ce qu’il souhaite et enseigner ce qu’il sait, n’importe où, n’importe quand. Leur mission : faire de chaque coin de rue l’université de demain.
Concrètement, les intervenants proposent leurs classes via le site de Leeaarn, puis les rencontres se font dans le réel. L’intervenant définit le nombre de participants qui convient au bon déroulement de sa classe ; le lieu ( bar, restaurant, café, parc, bureau, etc. tous les lieux sont bons pour apprendre) ; se procure le matériel nécessaire, et détermine un tarif par participant en fonction des coûts engagés. Les classes ne sont pas dispensées par des enseignants, il s’agit simplement de personnes qui souhaitent faire partager leurs savoirs ou leur passion, tout le monde peut donc proposer une classe, de même chacun est libre d’y participer. Seule condition : pas de cours particuliers, seulement des ateliers collectifs. Les thématiques proposées sont principalement techniques (Business Plan, Excel, écrire et publier un livre…) mais s’ouvrent peu à peu aux loisirs (Déco, cupcakes, etc.).
Cependant on peut s’interroger sur l’aspect payant de ces classes : pourquoi devrait-on payer pour participer à une classe ? S’il s’agit d’un partage, l’enseignement ne devrait-il pas être gratuit ?
Les objectifs de Leeaarn consistent à « décloisonner l’éducation et proposer des classes uniques à prix abordable, tout en permettant à chacun de valoriser et monétiser ses connaissances. Le prix du ticket permet de rémunérer l’intervenant pour son temps, son travail et l’énergie qu’il a mis dans la préparation de la classe. Ce prix comprend également tous les coûts matériels engendrés par la tenue de la classe. » De plus ce fonctionnement permet à Leeaarn de se rémunérer, puisqu’il prélève une commission équivalente à 30 % sur chaque ticket vendu.
Leeaarn propose aussi des « classes lab » qui sont entièrement gratuites pour les utilisateurs et qui permettent aux futurs « enseignants » de mesurer l’attrait de leur classe auprès de la communauté.
- The School of life
Développée au Royaume-Uni, en plein centre de Londres, la «School of life» s’engage sur un terrain bien plus philosophique. Centrée sur des aspects de la vie quotidienne, elle est souvent décrite comme « une école où l’on apprend à trouver des réponses à ses questions existentielles ».
La variété de programmes et de services offertes par The School of life a pour objectif d’amener les participants à prendre du recul et à réfléchir intelligemment sur une façon de vivre plus saine et plus sereine. Le but étant de développer et d’ouvrir son esprit, tout en rencontrant des gens aussi curieux dans une ambiance d’exploration et de découverte.
Les leçons proposées par The School of Life se veulent d’être aux antipodes du rébarbatif grâce à des formules décalées et insolites. Elle propose différents formats de rencontres, notamment des ateliers de quelques heures principalement en soirée, cela peut aussi prendre la forme d’une journée de rencontre intensive, ou encore d’une semaine complète. Les participants peuvent même se voir proposer des repas dans des lieux improbables, des visites ou des séminaires le temps d’un week-end. La participation à ces différentes classes est payante, son tarif diffère et évolue en fonction du thème choisi et de la durée de la classe.
The Shcool of life dispose de sa propre équipe d’enseignants principalement constituée d’écrivains, d’artistes, de concepteurs, de philosophes, de psychologues, d’économistes et de scientifiques. Les ateliers conçus par ce corps professoral (« The faculty ») sont proposés plusieurs fois dans l’année.
Tout comme Leeaarn l’intervenant détermine le nombre de participants, le lieu de la rencontre et un prix par participant.
Plusieurs éléments sont importants à retenir de ces deux projets, le premier est qu’ils réussissent à faire se rassembler et se rencontrer des personnes qui ne se connaissent pas mais qui partagent la même envie d’enrichir leurs connaissances ou d’échanger autour d’un même sujet. Le second est qu’ils ont pris l’initiative de proposer des modèles alternatifs aux systèmes d’éducation et de formation traditionnels en mettant en avant cette idée de plaisir à apprendre.
Alors, pourquoi ne pas s’engouffrer dans cette brèche, réfléchir à un modèle qui s’appuierait sur les outils numériques, différent du modèle classique, favorisant un partage de contenus ? Ce nouveau modèle pourrait ainsi se positionner en tant que ressource incontournable à l’échelle locale.





